Le plateau de Saclay est sur la mauvaise pente

Le 02/03/2018 par

Le 22 février, Edouard Philippe a pris une décision d’apparence anodine mais en fait capitale pour l’avenir de notre pays. Il a annoncé l’ouverture en 2024 de la ligne 16 Le Bourget- Clichy-Sous-Bois-Montfermeil du métro du Grand Paris et le report de 2024 à 2027 de l’ouverture de la section Orly- Palaiseau-Saclay de la ligne 18.

La ligne 16 est « un axe de cohésion majeur » a-t-il déclaré. Traduit en français, ce langage énarchique veut dire : nous donnons la priorité à cette ligne pour éviter le renouvellement des émeutes de 2005. Effectivement les cinq gares de cette ligne seront celles de Blanc-Mesnil, Aulnay, Sevran (deux gares) et Clichy-Montfermeil. Ce sont des villes situées à une vingtaine de kilomètres du périphérique, au Nord et à l’Est de Paris, peuplées en majorité d’immigrés ou de descendants d’immigrés. C’est là qu’ont démarré les émeutes de 2005 et que des cellules dormantes se préparent à organiser les prochaines. La démographe Michèle Tribalat a donné le pourcentage de jeunes immigrés parmi la population de jeunes : 77 % à Clichy-sous-Bois et 60 % à Sevran. C’est la clientèle visée par cette ligne. Croire qu’en facilitant leurs rencontres on les empêchera de déclencher des émeutes est une vue de l’esprit. Cela leur permettra au contraire de les organiser plus facilement. D’ailleurs ce qui les intéresse ce sont les liaisons avec Paris plutôt que celles de banlieue à banlieue. La société du Grand Paris, responsable de la construction des nouvelles lignes de métro, est consciente du peu d’intérêt de cette ligne. Elle ne publie pas de prévisions de trafic pour la section Le Bourget-Clichy-Montfermeil. Elle ne prévoit que des métros légers de trois voitures. Une ligne de bus suffirait. La priorité donnée par Edouard Philippe à la construction de la ligne 16 est un gaspillage d’argent public.

A l’inverse la section Orly-Palaiseau-Saclay de la ligne 18 est vitale pour l’avenir de notre pays. Elle dessert la future « Silicon Valley » française. Les plus importantes écoles d’ingénieurs françaises y sont situées : Polytechnique, CentraleSupelec, Telecom Paris Tech,  ENSAE, l’Ecole supérieure d’optique. L’ENS Paris-Saclay et l’Agro y sont prévues. 76.000 étudiants et 11.000 chercheurs y sont déjà. L’Université Paris-Saclay y a deux fois plus de chercheurs que le MIT à Harvard et cinq fois plus que Stanford, l’université-mère de la Silicon Valley. Le CEA et l’Office national de recherche aérospatiale (ONERA) y ont leur plus gros centre de recherche (4.000 et 600 personnes). L’INRIA et l’ENSTA y sont aussi. L’Université de Versailles et le CNRS y ont 34 unités de recherche. De même que Thalès, Safran, Danone, EDF. Cinq des dix plus grands centres de recherche français sont implantés à Saclay.  Le premier incubateur technologique français y est installé. A proximité se trouvent les centres de recherche de Peugeot-Citroën et Renault, Sanofi, Air liquide, GE Medical. Une grande partie de la recherche informatique française (Dassault Systèmes, Oracle, Siemens, Altran) est aussi à proximité. Le plateau de Saclay est le seul endroit en France, et sans doute dans l’Union européenne, qui puisse rivaliser avec la Silicon Valley et permettre à l’Europe de rattraper une partie du retard qu’elle a pris vis-à-vis de l’Amérique et de la Chine dans les domaines  de la révolution numérique, qui vont transformer le travail des hommes et la condition humaine.

Comme l’a rappelé le Président de la République, l’Etat a dépensé à Saclay plus de cinq milliards d’euros.

Or le plateau de Saclay est actuellement très mal desservi. Les routes qui y mènent sont parmi les plus encombrées : A6 (N°1 des axes les plus encombrés de la région) et N118 (N°4). Pour y aller par les transports en commun, il faut prendre le RER B puis un bus (35 minutes de bus pour le CEA). La RATP, à laquelle nous avions transmis les doléances de nos membres, nous écrit que le RER B subit effectivement « de nombreux retards, voire des suppressions de missions ». Le site internet qualitetransports.gouv.fr, qui publie chaque mois la ponctualité des cinq lignes de RER, montre que, sur les six derniers mois, la ligne B a été quatre mois la plus mauvaise.

En 2024 la ligne de métro 14 aura été prolongée jusqu’à Orly. La section Orly-Saclay (environ 15 km) avec ses trois gares sur le plateau de Saclay (Palaiseau, Orsay, CEA Saint-Aubin) ferait gagner aux personnes du plateau de Saclay allant à Paris en moyenne près d’une heure de trajet. En 2013, Jean-Marc Ayrault confirmait son ouverture pour 2023. En Juillet 2014, Manuel Valls l’annonçait pour 2024. Le 25 octobre 2017, Emmanuel Macron, inaugurant les locaux de CentraleSupelec, déclarait : « Saclay est un des cœurs battants de la science française (…). Ici se passe quelque chose d’unique : la capacité de croiser les différents domaines scientifiques (…). Avec le développement du plateau de Saclay, la France assure son avenir (…). Nous n’accueillerons pas les meilleurs scientifiques, qui iront travailler ailleurs, si nous n’avons pas cette capacité d’attractivité (…). L’Etat sera pleinement là (…) ».  Il s’engageait à « assurer des moyens de transport rapides, fiables, durables reliant le plateau à Paris ». Il ajoutait que l’Exposition universelle de 2025, prévue à Saclay, serait « la vitrine de l’excellence scientifique qui se développe sur le plateau ».

Le décalage de trois ans annoncé par le Premier ministre a été dénoncé par la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, et les présidents de tous les départements franciliens. Pour le député-mathématicien Cédric Villani et un groupe de chercheurs, « le dossier des transports en commun est vital. Il peut faire écrouler le projet s’il n’est pas pris au sérieux ».

 En effet le report de trois ans -si ce n’est plus- entraîne des conséquences graves :

  • Les maires des villes proches de Saclay ont annoncé qu’ils allaient suspendre leurs programmes de construction de logements. Il deviendra plus difficile de se loger à proximité. L’attractivité du plateau de Saclay sera réduite.
  • La candidature à l’Exposition universelle de 2025, qui devait être la « vitrine » du plateau, a été retirée par le Premier ministre, bien que le Président de la République ait renouvelé il y a quatre mois son « engagement résolu » à soutenir ce projet « au côté des porteurs de cette belle aventure ». Les entreprises qui devaient en assurer le financement avaient conditionné leur participation au respect des engagements de construction de la ligne 18 jusqu’à Saclay. Le promoteur de cette Expo espérait poursuivre le projet. Avec le report du métro, cet espoir est vain.
  • Les retards dans la construction du métro et des logements et la suppression de l’Exposition universelle feront ralentir ou supprimer les projets de nouveaux laboratoires et de nouvelles entreprises, attirés par le dynamisme du plateau de Saclay. Comme l’écrivent les chercheurs, sans perspective proche d’une liaison convenable avec Paris, ce dynamisme s’écroulera.

Et pourtant la solution n’est pas hors de portée. Le coût de la section Orly-Saclay est inférieur à celui du Bourget-Clichy-Montfermeil (moins de 2 milliards). En trois ans un tunnelier pourrait forer la partie enterrée de cette section. Sur les 21 tunneliers qui seront en opération dans la région, on pourrait en prendre un pour réaliser ce forage.

Mais il faudrait pour cela préférer les chercheurs aux immigrés, l’avenir de la France à la crainte des émeutes.

 

 

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